J’entre dans un petit bus en direction de Nevşehir, une ville de taille moyenne, connue pour avoir servi de refuge aux chrétiens à l’époque où l’Empire romain était encore païen. J’en profite pour commander un gözleme dans un bazar avant de monter dans le car longue distance — direction le Kurdistan.
J’arrive à Kayseri, l’ancienne Césarée. Au sud de la ville s’impose le géant mont Erciyes. Hé! Pourquoi, sur vingt passagers, n’y a-t-il qu’une seule femme ? Devant moi, trois jeunes rendent tout silence impossible ; derrière moi, un homme regarde des vidéos sur son téléphone sans écouteurs. Au milieu de tout cela, la police coupe la circulation. Personne ne sait ce qui se passe. Le bus repart. Ah, mais pas sans carburant ! Encore un arrêt. Trois heures pour à peine cent kilomètres. Je change de place, comme si cela pouvait arranger quoi que ce soit.
Au fil des heures, l’atmosphère change : les villes se font plus rares, les foulards plus fréquents, l’anglais disparaît. Nous n’étions plus dans la Turquie cosmopolite.
À l’aube, nous arrivons à Diyarbakır. Le bus s’arrête, et ce n’est qu’au moment de repartir que j’aperçois les fanstasique fortifications — impressionnantes, comme les murailles infinies d’un château européen. Bien qu’elles soient byzantines, arabes et ottomanes, elles me paraissent étrangement européennes. Ce sont les secondes plus vastes du monde.
Peu avant d’arriver à Mardin, le paysage se brise soudainement. Les monts Taurus s’arrêtent sans transition. Mardin — la forteresse, comme on l’appelle depuis toujours — s’élève en calcaire, adossée aux montagnes et tournée vers la plaine fertile, sans maisons ni arbres pour en rompre la monotonie. Sans obstacles. Je jure que, si l’eau était verte, j’aurais pu confondre ce paysage avec un océan. Au nord, les montagnes abruptes de l’Anatolie ; au sud, la Mésopotamie.
À Mardin, les rues ne suivent aucune logique évidente. Elles montent, descendent, se rétrécissent jusqu’à obliger deux corps à négocier le passage. Les maisons, en pierre claire, renvoient la lumière de manière presque agressive à midi, puis deviennent dorées au crépuscule. De certains points, il suffit de tourner la tête vers le sud pour voir la Mésopotamie.
L’auberge où j’ai séjourné — dans le cadre d’un volontariat — est simple mais pleine de charme. Mon rôle y était minimal : de huit heures du soir à minuit, accueillir les arrivants, répondre à des questions simples, indiquer un restaurant, un chemin. Un coin parfait pour l’aventurier : simple, humain, sans horaires rigides.
Dans le quartier, les enfants jouent. Les adolescents trouvent des refuges pour s’embrasser à l’abri du regard des parents. Le dimanche, les familles se promènent comme dans n’importe quelle autre ville.
Au bazar, j’ai joué aux échecs avec Sabri — un bouquiniste qui venait de terminer une thèse sur Foucault. Avant cela, je l’avais vu jouer au backgammon contre Huseyin à une vitesse stupéfiante ; plus vite que moi lorsque je joue aux échecs en blitz. Ensuite, j’ai acheté une poupée pour deux enfants syriens.
Le lendemain matin, j’explore davantage les ruelles de la ville. Je regarde l’heure et me souviens soudain que j’ai un élève qui m’attend. J’entre à l’hôtel Maridin et demande si je peux utiliser le wifi pour donner un cours. Ils acceptent sans problème. Je commande un thé pour ne pas occuper l’espace gratuitement. Quand j’essaie de payer, ils refusent. Aucune explication particulière — juste un geste simple qui clôt la discussion.
En fin de journée, on entend l’appel à la prière. Cela fait partie du rythme de la ville.
On me dit que Gaziantep a la meilleure cuisine de toute la Turquie. Pour l’instant, je sais seulement que j’aime beaucoup ce que je mange.










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